Le coup de pouce au SMIC risque d’entraîner une augmentation du chômage

Publié le par Anne Michel

http://3.bp.blogspot.com/-X1BjE9lezwE/T84r2nVcjJI/AAAAAAAAdGo/65j-2rbi0aE/s1600/smic_en+langage+des+signes.jpgMardi 25 juin, Michel Sapin a annoncé une augmentation de 2% du SMIC. En tenant compte du taux d’inflation de 1,4%, le coup de pouce s’avère finalement très symbolique atteignant 0,6%, soit 21,50€ nets par mois.

 

0,6% de hausse, c’est environ 6,5€. On est bien loin des 1700€ réclamés par les alliés d’hier du Front de Gauche ou encore des 5% de hausse que les candidats PS aux législatives murmuraient, il y a encore quelques jours, aux oreilles d’un électorat sensible à ces annonces.

 

Le coup de pouce au SMIC n’aura aucun effet sur le pouvoir d’achat des Français !

Il est normal que le SMIC progresse quand le coût de la vie augmente, c’est ainsi que, malgré la crise, l’ancienne majorité l’a fait progresser de 1280 € bruts en 2007 à 1398 € bruts en 2012.
Aujourd’hui, François Hollande veut nous faire croire, qu’avec lui, les salaires vont augmenter considérablement. La vérité, c’est que le coup de pouce au SMIC représentera 21,50€ nets par mois au 1er juillet… C’est une vraie déception pour tous
ses électeurs et ses alliés les syndicats qui avaient cru en sa parole et se sentent floués par rapport aux promesses de campagne.

 

D’autant plus que François Hollande oublie de nous dire que ce qu’il donne d’une main en augmentant le SMIC, il l’enlève de l’autre en multipliant les impôts qui vont notamment frapper ces salariés !
Bref, c’est un véritable tour de passe-passe puisque le gain espéré par la revalorisation du SMIC (21,5 € nets par mois) est à mettre en parallèle avec :
Le retour à la retraite à 60 ans qui sera financé par une hausse des cotisations sociales, soit 250 euros par an pour un couple au salaire médian (1600€)…
La taxation des heures supplémentaires qui bénéficiaient pourtant à plus de 9 millions de salariés pour un montant moyen de près de 500 € par an...

 

Plus largement, la hausse du SMIC a un effet bien connu et socialement dévastateur en particulier pour les classes moyennes : le tassement des salaires. C’est ce qu'on appelle la « smicardisation », où seul le SMIC augmente au détriment des autres salaires. On arrive à des situations assez injustes où un salarié qui a 10 ans d'ancienneté est payé seulement quelques euros de plus que le petit jeune qui vient d'arriver, c’est ainsi qu’on dévalorise le travail et le mérite.

 

Surtout, le coup de pouce au SMIC risque de creuser davantage notre dette tout en détruisant des emplois

 

D’après l’Inspection des Finances, la hausse du Smic de 2% va coûter près de 2 milliards d’euros à l’Etat ! La hausse du SMIC a aussi un coût pour l'Etat et les comptes sociaux. Ce coût correspond, d’un côté à une augmentation du traitement des fonctionnaires (300 millions en plus pour une hausse de 2%) et de l’autre, à une compensation des
allègements de charges sur les bas salaires du secteur privé qui sont indexés sur le SMIC et dont l’Etat supporte la facture (1,6 milliard pour une hausse de 2%). 2 milliards d’euros à débourser en plus pour l’Etat alors que nous sommes dans une situation financière critique…

Une hausse du SMIC, c’est avant tout une augmentation du coût du travail et donc la porte ouverte à de nouvelles délocalisations, notamment pour les PME qui emploient la majorité des smicards et sont particulièrement fragilisées par la crise.

 

L’économiste, Francis Kramarz, membre du groupe d’experts sur le SMIC, directeur du centre de recherche et d’économie en statistique (CREST), a calculé qu’une augmentation de 1% du SMIC correspondrait à une destruction de 15 à 25 000 emplois, soit environ 1,5% des emplois au salaire minimum. Avec sa hausse de 2%, le gouvernement s’apprête donc à détruire 30 à 50 000 postes ! Ces destructions s’expliquent tout simplement parce qu'une augmentation des salaires supérieure à l'augmentation de la valeur de la richesse produite rend la hausse du coût du travail insoutenable pour les entreprises et entraîne des délocalisations, d’autant plus que nous avons déjà l’un des salaires minimum les plus élevés d’Europe ! Pour l'économie, les effets sur le coût du travail seront supérieurs aux effets de relance sur la consommation.
Et ce sont les emplois les plus fragiles et les moins qualifiés qui seront les plus menacés comme les emplois à domicile (nounous, etc.) déjà affaiblis par le projet de François Hollande de réduire les déductions fiscales qu’ils ouvrent pour les familles.

 

En réalité, François Hollande se trompe de diagnostic : pour améliorer le pouvoir d’achat des Français, il faut rendre notre pays plus compétitif
La vraie solution, ce n’est pas d’augmenter le coût du travail, mais de le baisser pour lutter contre les délocalisations. Voilà pourquoi nous avions proposé la fiscalité antidélocalisation qui permettait de baisser les charges patronales et donc de rendre plus de compétitivité à nos entreprises. Malheureusement, alors que cette mesure était plébiscitée par le rapport de la Commission européenne du 30 mai dernier (« une mesure appropriée pour introduire un système de taxation plus équilibré, qui diminue le poids de charges sur le coût du travail »), le gouvernement veut la supprimer.

 

Notre priorité, c’est de faire en sorte que chaque entreprise puisse faire face aux variations de ses carnets de commande (accord compétitivité/emploi) et intéresser ses salariés en fonction de ses résultats (prime liée aux dividendes versés). Notre logique c’est de faire en sorte que le travail paye plus que l’assistanat (maintien des heures supplémentaires défiscalisées, revalorisation des salaires nets autour du SMIC grâce à la baisse des charges et à la refonte de la PPE). Notre logique ce n’est pas de détruire des emplois peu qualifiés, c’est d’aider les chômeurs à se former pour retrouver un emploi (droit à la formation).

Publié dans Politique Nationale

Commenter cet article